Sunday, September 18, 2011

L'émotion du thé rejoint la musique

J'accompagne souvent mon thé de musique traditionnelle chinoise. Un de mes instruments préférés est le guqin, tel qu'on peut l'entendre dans ce morceau "Eau qui coule". On se croirait au bord d'une rivière et chaque note est chargée d'émotions.

Mais on aurait tort de se limiter à la musique chinoise sous prétexte que l'on boit du thé chinois. Ainsi, la musique de la Renaissance de l'ensemble Doulce Mémoire me charme également. Leur album "Le Concert Secret des Dames de Ferrare" (n'hésitez pas à écouter l'extrait) provient de notes retrouvées d'un duché réputé pour ses concerts et qui sélectionnait les invités dignes d'y assister. Les musiciens et les partitions ne quittaient jamais le château. Les chanteuses répétaient inlassablement pour produire leurs airs divins.

Comme le thé, la musique demande travail, calme et concentration. Comme un musicien, celui qui prépare le thé fait le vide et donne toute son attention à l'infusion des feuilles.

Musique et thé apportent clarté à l'esprit. L'effet est proche de celui de la méditation.

Et comme la musique peut nous ramener à la Renaissance, le thé nous transporte loin, ailleurs. Dans nos souvenirs ou dans les plantations de montagne. Au Yunnan sauvage, ou dans le jardin d'un temple taoïste...

La musique est comme souffle de vie. Une gorgée de thé peut aussi nous transmettre le souffle, l'énergie d'un terroir. Le goût, la beauté viennent de ce concentré de vie qui sort autant des notes que des feuilles de thés.

Le musicien fait un avec son instrument. Il le connait par coeur et sait comment en tirer le meilleur parti pour exprimer la partition. En thé, les accessoires sont aussi au service de l'essentiel: le thé. C'est là leur raison d'être. (Cela ne viendrait à aucun musicien de collectionner des instruments pour ne jamais s'en servir!) 
L'élégance de la musique classique rejoint celle du gongfu cha. La beauté des gestes, des décors, le raffinement des accessoires contribuent au bonheur.

Et de même qu'une seule note de musique peut nous toucher, nous transpercer le coeur, un petit détail dans une gorgée de thé peut résonner en nous profondément.

Boire un thé en musique permet donc de réunir deux mondes, deux arts similaires. Bien combinés, les émotions peuvent s'en trouver décuplées!

Note: Un grand merci à Denis, Lucas de Doulce Mémoire (et tous les autres musiciens et musiciennes que mon blog m'a permis de rencontrer.)

Wednesday, September 14, 2011

Tea friends on a tea mountain

Last week, I scheduled the visit of 4 guests on the same day! This allowed me to drive them to a beautiful spot just half an hour away from Banciao. I had discovered this place in spring, in the the moutains of Toucheng, with 2 other tea visitors.

We brewed tea on this small hill covered by luscious trees (picture on the left).

After the short climb, I set up the Cha Xi and started a charcoal fire on the Nilu to heat the spring water we had collected a few moments earlier. On this hot day, I had prepared 4 different teas from my selection. From the lighter to the heavier, we tasted the 2011 Ali Shan Jinxuan, a 2011 fall Lushan Oolong, a 2010 spring 2 Shan Lin Shi Hung Shui Oolong and a 2011 Yunnan Dian Hong.
We use a neutral Shan Shui qinghua gaiwan to brew the first 3 Oolongs. For the Hung Shui Oolong, I let Neil -who has lived 8 years in Taiwan- brew a couple of times. This allows me to take a few pictures.

With the Ali Shan Jinxuan, we experienced the lightness and fine power of a spring high moutain Oolong. Everybody was pleased by its sweet, creamy aftertaste.

The fall 2011 Lushan Luanze Oolong we tasted the stronger, riper aromas of a fall Oolong. Also, while less fragrant, the Luanze Oolong brings more body and a stronger aftertaste.

But this strength and warmth became even more obvious with the Hung Shui Oolong. Eric made an interesting observation: he had had roasted and unroasted Oolongs before, but this one managed to combine both the roast and the fresh characteristics. Its roasting is just right, very well balanced. For this tea, we were amazed how the dry leaves would smell finer and sweeter in the jar than in the plastic foil. Just a few seconds made a difference.

We used this Celadon ever (by David Louveau) to add water in the testubin. The thin spout creates a fine and slow flow that conveys a graceful and peaceful mood.
We finished with a brew of a spring 2011 Yunnan Dian Hong I recently added to my selection. The leaves were harvested in Mojiang (Midi). What makes them special is that they come from 100 years old big trees. Usually, the farmer would use them to make wild puerh cakes. But this spring he used them to make Dian Hong, a red tea (fully oxidized).

The sweet, fruity smells from the porcelain jar make us salivate. I used my silver teapot to brew just a few leaves (opened, they occupy around 10-20% of the volume of the teapot only!) Silver is neutral like porcelain, but it stays at a much, much higher temperature. It will emphasize both the good and the bad.

The result was absolutely stunning. Like all teas we had tasted, it had a very clean start (and great clarity to the eye), but this Cha Qi tasted so refined and endless. Perfection.
These good teas were easy on our stomachs, but they helped to open our appetite. So, we headed to a typical Chinese, mountain restaurant nearby. Good tea, fresh food, passionate tea friends. We felt so close even though we had just met! The 5 hours we had spent together felt like minutes.
I hope we can meet again, maybe on a more regular basis...

Tuesday, September 13, 2011

Faire du thé est un jeu d'enfant

Ces 3 derniers weekends, mes enfants m'ont demandé de faire du thé. Je leur ai laissé le choix des feuilles, et ai décidé de la théière en fonction de cela. (Pour un adulte, je conseille de commencer avec un gaiwan, mais pour des enfants, la théière est plus simple à manier). Puis, je les guide pour les coupes, et leur laisse carte blanche pour les autres accessoires (Cha Bu, bol à eaux usées, soucoupe...) et leur disposition.

Mon fils a opté pour les Oolongs de haute montagne. Il a même pu utiliser un bol bleu qu'il avait réalisé avec un potier Taiwanais à Yingge! Très créatif, il a eu l'idée de placer les coupes autour de l'assiette centrale où trône la théière.
Ma fille aime le changement. Elle a essayé puerh cru sauvage et thé rouge. Ses choix de Cha Bu et d'accessoires furent plus variés. Prudence oblige, je lui ai simplement imposé ma petite théière en porcelaine de 12 cl. Mais il n'y a pas eu de casse. Les enfants ont vu qu'il fallait être calme et manipuler avec concentration. C'est d'ailleurs une de mes plus grandes satisfactions: de les voir si appliqués et attentifs durant les infusions. 
Hier, pour la fête de la pleine lune d'automne, j'ai disposé mon Cha Xi à côté des leurs, et nous avons fait le thé ensemble. Le plus lourd pour eux est la tetsubin. Aussi, je la porte, mais leur laisse le soin d'orienter le jet et contrôler la force du flux.

Ils sont heureux de bien réussir leur thé. Avec de bonnes feuilles, c'est vraiment un jeu d'enfant. Pour la quantité, je les aide un peu: je leur donne juste assez pour ne mettre qu'une couche sur le fond de la théière. Et pour le temps d'infusion, je leur conseille simplement de laisser les feuilles bien s'ouvrir. L'eau juste bouillante fait le reste.

Ils adorent verser le thé dans les petites coupes! Et puis, ensuite vient le moment du partage ; ils donnent une tasse à maman et à papa, nous leur disons combien leur thé est fin et parfumé. Je vois combien est grande est leur fierté. Elle n'est dépassée que par celles qu'éprouve un père transmettant sa passion à ses enfants.

Friday, September 9, 2011

Summer 2011 Shan Lin Shi Oolong

Tea cultivar: Luanze Oolong (qingxin Oolong) Harvested by hand on July 22nd, 2011. (Summer)
Origin: Shan Lin Shi, Taiwan (1650 meters high)

Test brewing: 3 grams/6 minutes in a competition cup. Boiling water.

1. View
Big dark green leaves typical of high mountain.
The brew is a slightly dark yellow/green. It has a very good transparency and clarity.
The open leaves are dark green with red traces of oxidation on the edges. They are quite thick, but still young and flexible.

2. Smell

Dry: fresh and grassy.
Brew: fruity (apples, plum...) and cereals.

3. Taste and aftertaste

It starts light and very clean. Then there is some bitterness that turns sweet and lingers on. The mouth feels fresh. It has the power of high mountain Oolong with the finesse typical of Shan Lin Shi.
Summer teas grow during the hottest months. The hot weather lets the leaves grow faster, so that leaves are more mature and have few buds. Therefore, fragrances are less flowery and the taste is heavier. For high elevations, though, the nights remain cool and help keep the leaves fresh. This probably explains why it's still possible to make such a fine Gao Shan Oolong in the summer.

It's an Oolong I recommend for all level of tea drinkers. For learners, it provides a good experience to taste the characteristics of the summer season. For advanced brewers, it allows you to use your brewing skills to improve the tea. (My advice: brew it light, with fewer leaves) And for everybody, it's a way to taste High Mountain energy at a lower price.

Remark: Those who order a full pack of 150 grams will see the Chinese characters for Ali Shan. I'm sorry for this confusion. I selected this Oolong after my holiday and the farmer had already packaged it like that (for another customer who wanted to sell it as an Ali Shan Oolong). I'm adding my own sticker on top of it with my usual information.

Tuesday, September 6, 2011

Les très hautes montagne de Taiwan

Quel étonnement de trouver ces chalets alpins à Cing Jing, à l'est de Taichung. Ce village est situé à 2000 mètres de haut, ce qui explique l'inspiration suisse de cet maison d'hôtes.

En été, c'est l'endroit idéal pour échapper à la chaleur des grandes villes. En hiver, c'est le point de départ pour se reprendre au mont He Huan, à plus de 3000 mètres de haut, pour pouvoir toucher de la neige!

Il faut passer ce col à 3275 m de haut pour atteindre Da Yu Ling et Li Shan sur le versant est de l'ile. A 6 heures du matin, le 19 août, il ne faisait que 9 degrés Celcius ici! Les sommets sont pratiquement déserts. Il ne pousse qu'un peu d'herbe. Mais un peu plus en contrebas, on trouve d'imposants cyprès.
A une demi-heure d'ici, par une petite route sinueuse, j'arrive à cette première plantation de Da Yu Ling. Les théiers ont une taille immense. Leurs feuilles aussi sont très grandes. Cela n'a rien à voir avec les plantations de plaine. J'arrive même à sentir l'odeur de thé durant ma randonnée matutinale! On voit de majestueux cyprès côtoyer ces rangées de luanze Oolong. La présence de ces grands arbres au tronc blanc démontre combien il est difficile de grandir ici. Les éléments soleil, vent, froid, sol rocheux sont d'une énergie impitoyable. (On comprend mieux comment seulement quelques grammes de feuilles d'Oolong de plus de 2000 m peuvent nous donner tant de sensations!)    
Au loin, nous aperçevons encore la lune, parmi les nuages.On passe de la nuit à la lumière, du tronc mort à la vie. Le paysage est tel une peinture philosophique chinoise Shan Shui (Montagne et eau). Devant la grandeur de la nature et de son cycle du temps, l'homme est bien peu de choses. Tout juste a-t-on un peu la satisfaction de pouvoir savourer cette sensation d'être au sommet de la montagne!

Friday, September 2, 2011

High Mountain Sunset


My new 'dragon and tiger' Cha Bu feelks small as I face the valley across Ching Jing (2000 meters high). A little bit further right (south), Qi Lai Mountain is surrounded by mist (picture below). In my cups, Oolong from ... Qi Lai Mountain! I can see and drink Qi Lai Shan at the same time! It feels like flying like an eagle! And the evening mountain air is so cool, even in the middle of August! But the daytime sun is much stronger thanks to the thinner air (we all got a tan!) It's no wonder top high mountain Oolong leaves absorb such energy, clarity and freshness! 

Thursday, September 1, 2011

Présentation: Le thé donne de la vie à la céramique


Le 30 juillet, j'ai donné une présentation au nouveau centre de céramique contemporaine de La Borne sur le thème du thé qui donne vie à la céramique. Un large public de potiers, d'amateurs de thé et de débutants est venu m'écouter avec beaucoup d'attention. 

J'ai présenté mon blog et mon apprentissage auprès de Teaparker à l'aide d'un rétroprojecteur. Puis, pour rendre cette présentation plus vivante et mieux comprendre le public en face de moi, j'ai  posé des questions à l'aide de 3 Cha Xi que j'ai disposés dans la salle. Ainsi, ci-dessous, je demandais : "A quelle dynastie chinoise correspondent ces ustensiles de thé?"

Le bol noir Jianyang, le fouet en bambou et le céladon sont des accessoires typiques de la dynastie Sung. Ils sont à l'origine de la cérémonie du thé japonaise encore pratiquée actuellement avec du matcha (thé vert en poudre). La mousse opaque vert clair ressort particulièrement bien sur le fond noir du bol, et son diamètre de 12 cm environ correspond bien à une bonne prise en mains. Sa glaise est riche en fer et cela permet au bol de rester chaud longtemps. Le céladon est la couleur de la nature et imite celle de la jade, la pierre précieuse chinoise par excellence. Le céladon fut loué par Lu Yu durant la dynastie Tang, mais c'est sous les Sung que ses productions atteignirent leur apogée.

A travers cet exemple (personne n'a eu la bonne réponse), j'ai pu montrer que la forme, les couleurs des accessoires de thé s'adaptent à la façon de préparer le thé. A chaque dynastie les manières de préparer le thé changent et influencent les accessoires.


Personne n'a non plus deviné que ce set 'lotus qingbai' est en fait le fruit de ma collaboration avec David Louveau de La Guigneraye, un potier de La Borne! Le passé nous a fourni des formes un peu comme de vieilles partitions de musique. La main de David Louveau a préservé leur unicité. Chaque pièce est un peu différente et a son caractère. 

Le tout forme un Cha Xi, un mandala. C'est le thé qui donne sa raison d'être à tous ces accessoires. Ils sont au service du thé, et ont pour but de permettre une préparation optimale des feuilles.

Une petite expérience avec du thé Beauté Orientale nous montre l'impact fonctionnel des coupes de thé sur le goût du thé: Je demande à 4 personnes du public de goûter au même thé dans 3 coupes différentes: un goblet en plastique, une coupe en porcelaine, un coupe en terre non émaillée. De l'avis général, le goblet en plastique donnait un mauvais goût au thé. Entre la porcelaine et la coupe sans émaille, les avis étaient plus partagés sur ce qui convenaient le mieux (une majorité pour la porcelaine), mais tous s'accordaient pour dire qu'il y avait de grandes différences entre chaque coupe. Ce ne sont donc pas seulement des critères esthétiques, mais aussi (et surtout) des critères fonctionnels qui doivent nous guider dans le choix de nos accessoires. 
 

Je fis aussi une démonstration d'une infusion d'un Oolong torréfié en bonne et due forme! J'utilise un gaibe (zhong) car c'est un moyen pratique et peu cher pour les débutants. Le thé est une passion abordable pour tous! Ensuite, il n'y a pas de limites où cela peut nous conduire. 

Les personnes qui ont goûté à cette infusion devait décrire leurs impressions aux autres. Ce qui les a frappé c'est que ce thé n'était pas particulier au départ: doux, il glisse et s'avale facilement. On le remarque à peine. Par contre, il a une présence, pour certains une petite amertume, qui se développe en bouche. Il n'en finit pas de stimuler la langue et le palais! Une si petite gorgée de thé, mais tant de longueur. A la fin de la présentation, ils le sentaient encore!

Encore merci à tous ceux qui sont venus, ainsi qu'au Centre de Céramique pour m'avoir accueilli!